La petite mendiante rousse, ou l’évolution du statut de la femme rousse

avril 6, 2012 § 1 commentaire

vers 1843 - 1845 , H. : 0,46 m. ; L. : 0,38 m, Paris, Musée du Louvre.

Emile Deroy, La petite mendiante rousse, vers 1843 – 1845 , H. : 46×38 cm, Paris, Musée du Louvre

Emile Deroy est un artiste méconnu du XIXème siècle qui ne fait pas l’objet d’une documentation abondante. En effet, ce peintre est mort jeune comme l’explique Jérémie BENOIT, conservateur du musée national du château de Versailles, dans un article disponible sur le site histoire-image.org. Ce site est réalisé en partenariat avec la Direction générale des patrimoines réalisé à l’initiative de la Réunion des musées nationaux – Grand Palais, du ministère de la culture et de la communication, du ministère de l’éducation. L’article offre donc une description, une analyse et une contextualisation du portrait de Baudelaire peint par Emile Deroy, ce qui me permet d’avancer le fait que le peintre n’est connu qu’à travers la figure du poète avec qui il entretenait une amitié. Il convient donc de mentionner l’article de Jean Ziegler: Emile Deroy (1820-1846) et l’esthétique de Baudelaire, publié dans la Gazette des Beaux-Arts dans le numéro mai-juin 1976 et qui semble être la référence au sujet du peintre, article qui n’est malheureusement pas disponible en ligne. Cependant sont disponibles sur les serveurs scolar et persée des articles en lien avec Emile Deroy, mais toujours rattachés à la figure de Baudelaire.

En ce qui concerne ce tableau, il semblerait que ce soit la représentation offerte par Deroy de cette figure féminine qui ait inspiré Charles Baudelaire pour son poème (disponible sur le serveur wikisource) portant le même nom. Ce poème prend place dans la partie des tableaux parisiens du recueil de poèmes Les fleurs du Mal.

Pour moi, poète chétif,
Ton jeune corps maladif,
Plein de taches de rousseur,
A sa douceur.

(…)

Que des nœuds mal attachés
Dévoilent pour nos péchés
Tes deux beaux seins, radieux
Comme des yeux

Ainsi Baudelaire aurait fréquenté une jeune fille à qui est dédié son poème comme nous l’expose un professeur de français dans le cadre d’un commentaire de texte à destination de ses élèves. Si l’identité de ce professeur reste inconnu, l’analyse synthétique fournie offre une bonne approche du poème. Cette approche peut aussi se faire en chanson, car le poème a été mis en musique notamment par le groupe La Tordue, groupe de rock indépendant qui s’inspire de la chanson réaliste populaire.

Mais qu’en est il de notre petite mendiante rousse? Qui est cette jeune fille au visage de glace cerclée de boucles de feu? Que veut dire ce regard fier, défiant, presque provocateur? A la lecture du cartel que le musée du Louvre lui attribue, il semblerait que cette jeune femme (jeune fille?) soit une chanteuse des rues, issue donc de la classe populaire. Il est intéressant d’observer la touche du peintre, une touche libre, généreuse. En effet c’est par cette touche vigoureuse, dans ce rendu de la matière que s’exprime toute l’humanité de cette figure fluet.

Cette « vie » que retranscrit l’oeuvre de Deroy date de 1843: c’est l’apogée du romantisme. Un site du CRDP (Centre Régional de Documentation Pédagogique) de  l’académie de Rouen offre une vue d’ensemble de ce mouvement artistique majeur du XIXème siècle. Les auteurs, Catherine Bastard (professeur de lettres, responsable du service éducatif des Musées de la ville de Rouen) et  Alain Boudet (professeur d’art plastiques) souligne l’exaltation des sentiments, domaine d’inspiration principal des artistes romantiques. Mais ce qui caractérise aussi le romantisme c’est un engagement politique prononcé, un nouveau rapport au statut de l’artiste qui se voit investit d’une mission d’ordre social. Cela peut être appuyé notamment par la peinture d’histoire, et révèlent des artistes engagés dans les problématiques de leur temps.

Dans ce contexte, La petite mendiante rousse de Deroy prend tout son sens: faire le portrait d’une jeune femme issue des classes populaires est déjà un engagement politique en soi, et peut donner un sens à son regard fier presque provocateur. L’art devient le miroir d’une réalité sociale. De plus, la chanteuse de rue qu’il choisit de représenter est rousse et  cette caractéristique a surement incliné le choix du peintre à la représenter elle plutôt qu’une autre: ce choix est provocateur si on s’en tient à l’histoire des femmes rousses. Tout comme Baudelaire qui célèbre la beauté de son amante rousse, ce tableau célèbre une femme, de petites conditions, rousse.

L’évolution du statut de la femme rousse réside dans le fait qu’on leur accorde une visibilité, une importance au XIXème siècle. Les artistes romantiques vont contribuer à véhiculer une nouvelle image de la femme rousse durant tout le siècle: celle d’une femme charnelle, que l’on désire.


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