La représentation de la rousseur de Judas en peinture

mars 30, 2012 § 1 commentaire

À l’image de David, Judas est un personnage qui est depuis bien longtemps représenté roux en peinture. En revanche, cette rousseur n’a pas la même connotation…

Un article écrit par Paull Franklin Baum ( auteur du XXe siècle ) explique clairement les origines de cette couleur capillaire. Cet article a été publié dans la revue The Journal of English and Germanic Philology, ( Numéro 3 de Juillet 1922 ). Cet article tiré de JStore et payant, explique que Judas est représenté avec une longue robe jaune, une barbe et des cheveux roux. Cette iconographie serait née au Moyen-Age selon Michel Pastoureau ( historien médiéviste français ) qui écrit dans son livre : Une histoire symbolique du Moyen-Age occidental, que l’on peut trouver des représentations de la rousseur de Judas dans la ville de Ramersdoff, dans la Cathédrale de Chartres ou encore pour finir dans les Emblemata Biblica. Toutes ces sources iconographiques datent du XIIIe.

De plus, la rousseur étant perçue comme une caractéristique péjorative, Judas ne pouvait être que roux. Un article écrit par Michel Pastoureau explique de façon très détaillée les origines de cette symbolique.  Ceci est malheureux mais bien vrai. C’est au fil des siècles que cette caractéristique s’est développée et qu’elle s’est installée dans l’imaginaire collectif. Le roux est depuis très longtemps, en Occident, la couleur de tous les maux. En effet, elle est le symbole de l’hypocrisie, du mensonge, de la trahison, du démon, du diable ( et du goupil = renard, animal perfide et voleur ). Il est vrai qu’aucun texte biblique ne parle de l’apparence physique de Judas ( en particulier de ses cheveux ), mais au fil du temps, certaines caractéristiques physiques sont restées et font partie maintenant de la représentation conventionnelle du personnage. Dans ce cas précis, Judas est devenu roux. C’est précisément à l’époque de Charles le Chauve que la rousseur de Judas se concrétise ( IXe siècle ) et c’est ce qu’explique clairement Michel Pastoureau dans son ouvrage. Ce sont tout d’abord ses cheveux qui devinrent roux. Puis petit à petit, sa barbe, sans doute dans un soucis de cohérence. Et c’est le seul attribut qui demeure le symbole de Judas. Pourtant, une multitude d’attributs lui son propre tels que : le nez crochu, la peau sombre, sa petite taille etc…

Les artistes ont toujours été libre de choisir les attributs qu’ils représenteraient dans leurs œuvres, cependant la rousseur est une des caractéristiques les plus récurrente. En effet, selon les pays, la rousseur de Judas n’a pas forcément la même signification. Mais cette couleur revient néanmoins tout le temps. De plus, au fil des siècles, la couleur rouge s’étend à plusieurs personnages. On voit alors apparaitre dans les œuvres de nombreux personnages roux, personnages mauvais, évidement comme des vagabonds, des voleurs, des bouchers sanguinaires…

En revanche, on peut également parler de la représentation de Caïn, qui serait une préfiguration de Judas. On voit dans cette œuvre de James Joseph Jacques Tissot, Caïn conduit Abel à la mort, la rousseur du personnage. Là encore, il n’y a pas de preuve écrite de sa rousseur. Or on sait que bon nombre de personnages bibliques sont roux et dans tous les cas, ils sont mauvais. La rousseur de ces personnages a donc une signification négative. Cela prouve bien que la rousseur de Judas est le symbole de sa perfidie. Judas est roux parce qu’il est mauvais. La connotation péjorative de cette couleur de cheveux apparait dès l’antiquité, la rousseur va de paire avec Typhon, un être affreux et répugnant, qui est l’ennemi de toutes les divinités. On remarque que c’est une connotation très forte et la rousseur de Judas prend alors toute sa signification.

Le statut de la femme au XIXème siècle – Historique

mars 30, 2012 § 2 Commentaires

[ La femme est ]  une divinité, un astre, qui préside à toutes les conceptions du cerveau mâle; c’est un miroitement de toutes les grâces de la nature condensées dans un seul être; c’est l’objet de l’admiration et de la curiosité la plus vive que le tableau de la vie puisse offrir au contemplateur. C’est une espèce d’idole, stupide peut-être, mais éblouissante, enchanteresse, qui tient les destinées et les volontés suspendues à ses regards.

Cet extrait est tiré de l’œuvre Le peintre de la vie moderne de Baudelaire (chapitre X, « La femme », 1863) que le site litteratura.com (dont la création et le développement est à l’origine d’Azziz El Khiati) propose une version numérisée. Baudelaire  procure ici un témoignage de ce qu’était le statut des femmes au XIXème siècle.

Le site napoléon.org (site  de la Fondation Napoléon reconnue d’utilité publique en 1987) a pour vocation d’encourager la recherche en histoire du Premier et du Second Empire, de favoriser l’accès aux connaissances, et de participer à la sauvegarde du patrimoine napoléonien. Il offre en plus d’une bibliothèque numérique entièrement consacrée à Napoléon, une excellente base de ressources sur l’Histoire napoléonienne, histoire qui est celle du XIXème siècle. On y trouve -ce qui sert notre propos-  une synthèse historique sur le statut des femmes par Emmanuelle Papot (DEA d’histoire contemporaine à la Sorbonne), journaliste et web éditrice du site. Cependant si cette synthèse a l’avantage d’être claire et concise, « Histoire » va de pair avec « Chronologie »  il m’a semblé indispensable d’épargner les puristes en la complétant par  cette frise chronologique de l’INSEE.

Baudelaire dans cet extrait assimile la femme à un individu presque divin au caractère quasi hypnotique mais qu’il qualifie « d’une espèce d’idole, stupide peut-être » la reléguant donc à un simple objet de contemplation. Il soulève ici l’une des caractéristiques principales affublée à la femme depuis la nuit des temps: sa beauté, envoûtante. Cette étiquette qu’offre le terme « beauté » permet de jouer sur une dualité bien arrangeante: le personnage de la femme manipulatrice et perfide et celui de la femme objet, dont la beauté est simple décorum, apparat.

Or le XIXème siècle est un siècle charnière, celui d’un lent changement de mentalité, siècle qui va être le témoin privilégié d’une émancipation progressive de la femme. Sur le portail de Persée est disponible un commentaire d’Elisabeth Guibert-Sledziewski dans le numéro 32 de la revue Romantisme (vol. 11, 1981, p. 117-121) d’un ouvrage qui éclaire sur le rôle et la condition de la femme dans la société. Ce commentaire porte sur l’ouvrage Misérable et glorieuse, la femme au XIXème siècle, ouvrage collectif dont le directeur est Jean-Paul Aron, que le site de l’IMEC présente à travers une excellente biographie.

Ainsi, comme celui-ci le rapporte dans son ouvrage , la place de la femme est tiraillée entre le rôle d’objet de beauté et de désir (la prostituée, « la femme-enseigne » objet de mode qui exhibe la richesse de son mari), et celui d’objet de service (la bonne, l’ouvrière, la maîtresse de maison) victime d’aliénation, d’instrumentalisation . Il met en lumière la tension qui existe entre son statut social et le statut symbolique qu’on lui accorde et montre ainsi combien la société du XIXème siècle était une société phallocratique.

Cependant, il est important de faire part de nuances, qui soulignent le changement – certes apathique -, du statut de la femme au XIXème siècle. Martine Segalen est une ethnologue et chercheuse au CNRS, dont un entretien effectué par Anne Lavanchy et Christine Von Kaenel-Mounoud permet de connaître son parcours. Cet entretien est effectué dans le cadre de la revue ethnographie.org, revue en ligne de sciences humaines et sociales.

Cette ethnologue est l’auteure d’un article paru dans l’ouvrage qui nous intéresse, et pointe le pouvoir des femmes rurales a contrario de celles des villes. Celles-ci sont en effet la matrice de l’organisation sociétale tout entière, que ce soit individuellement à l’échelle de leur foyer, ou en groupe à l’échelle du village. Mais les femmes rurales ne sont pas les seules exemples de femmes « glorieuse(s) » du XIXème; il est aussi question des femmes militantes de ce siècle telle que la figure de Flora Tristan. Le commentaire d’Elisabeth Guibert-Sledziewski n’offrant pas de biographie de cette femme -car là n’est pas son propos-, il m’a paru intéresssant de proposer celle écrite par  Paul Claudel (maître en histoire et géographie), disponible sur l’encyclopédie en ligne Encyclopedia Universalis.

Ces femmes militantes sont à l’origine des débuts du féminisme et illustrent peut-être de manière la plus ostensible l’évolution du statut de la femme au XIXème siècle. Ce point historique m’a paru nécessaire car c’est la toile de fond de l’évolution de l’image que la société se fait de la femme à la chevelure rousse. C’est parce que la condition de la femme évolue que va changer la représentation de la rousseur au XIXème siècle dans les différents mouvements artistique du siècle. Je me propose donc à travers différentes œuvres picturales de mettre en avant l’évolution de son statut, évolution perméable, dont l’homogénéité est imparfaite.

Deroy, La petite mendiante rousse  – Mouvement: Le Romantisme
Jean Jacques Henner – un exemple d’art académique
 Munch, Le vampire: interprétation sociologique

La représentation de la rousseur de David en peinture

mars 22, 2012 § 1 commentaire

Comme l’énonce clairement la genèse, David est décrit comme un jeune homme «roux et de belle apparence ». Grâce a cet article de L’homme selon la bible, on sait que la rousseur du célèbre Roi est donc perçue de façon positive… Mais ce qui est assez paradoxale, c’est que la rousseur est en général rattachée au diable. Nous allons donc tenter de comprendre comment est appréhendée la rousseur de David en peinture à travers quelques exemples.

Tout d’abord il est important de s’attarder sur l’écrit consacré à la rousseur du diable. Lorsqu’on lit un bref passage des révélations, on remarque que cette couleur feu s’apparente au mal. L’extrait provient d’une version numérisée de la bible datant de 1668 ( par Isaac Lemaistre de Sacy ) et décrit la rousseur du diable est le suivant : « Il parut un autre signe dans le Ciel, c’était un grand Dragon roux, qui avait sept têtes et dix cornes, et sur ses têtes sept diadèmes ». À la vue de ce passage, on comprend bien que la rousseur est un attribut de ce qui est maléfique, diabolique. Or, ce n’est absolument pas le cas pour plusieurs personnages bibliques, dont David, notre exemple. On se souvient de l’extrait de la genèse qui explique que sa rousseur lui procurait une plaisante apparence. De plus, si l’on étudie l’œuvre du peintre Andrea di Bartolo, intitulée David brandissant la tête de Goliath (tempera sur cuir sur bois), on remarque tout de suite que la chevelure ondoyante de David est rousse. Cette chevelure est exaltée, elle entour délicatement le visage de David de façon très harmonieuse. Ici la rousseur n’est absolument pas peinte dans le but d’enlaidir la figure ni de faire ressortir un quelconque aspect diabolique. On peut également se concentrer sur cette huile sur toile de Le Guerchin : David et la tête de Goliath. Lorsque l’on admire cette œuvre, on remarque que la chevelure rousse et bouclée du personnage procure à son visage une certaine douceur. Pour finir, regardons le David et la tête de Goliath du Caravage. Ici aussi, bien que l’œuvre soit extrêmement sombre, on remarque que la chevelure du personnage est rousse. Se détachant à peine du fond sombre, cette teinte rouge feu vient adoucir la figure grave du personnage.

Dans les trois cas, on remarque que la couleur rousse des cheveux n’est en aucun cas un symbole du mal ou du diable. Cette couleur confère à chaque fois au protagoniste une caractéristique positive. On peut donc conclure sur le fait que David, est un des nombreux personnages biblique dont la rousseur n’est pas vue de façon péjorative.

Où suis-je ?

Vous consultez les archives de mars, 2012 à Les Roux dans l'Histoire de l'Art.